Podcast Stéphane
Qu'est-ce qui m'a amené à pratiquer la méditation ?
-
Vivre mieux avec des douleurs chroniques : une chimiothérapie pratiquée lors de la rechute d'un lymphome en 2008 m'a offert un compagnon inattendu qui m'accompagne toujours à ce jour, une neuropathie sensitive périphérique qui se manifeste par des douleurs chroniques très intrusives dans les membres.
-
En 2013, je suis épuisé et dis alors que je suis ma douleur, qu'il n'y a pas de place pour autre chose et je la vois alors comme quelque chose de gros, monolithique et permanent. A mon docteur qui me demande "Et si demain, tu ne te réveilles pas", je réponds "Et bien mes proches souffriront peut-être moins". La douleur m'égocentre.
-
J'entreprends alors avec l'aide précieuse de Marion, que je rencontre alors, ce que je qualifierai de processus de lente reconstruction fait de riches discussions, d'éclairages, de pratique de la relaxation et enfin participe en 2015 au programme MBSR que tu animais Stéphane. En écrivant ces mots, je me sens plein de gratitude à l'idée de vous avoir rencontré.
Les apports de la pratique
-
Un mouvement perpétuel : En 2013, je considérais la douleur comme omni-présente et non changeante. La répétition de l'observation des sensations physiques m'a permis de voir qu'elle était au contraire continuellement changeante et que le simple fait de l'observer était de nature à en modifier les caractéristiques.
-
Souffrance vs douleur : La douleur physiologique que je ressens, c'est l'information remontée par mon système nerveux périphérique à mon cerveau. Elle est. Il n'y a rien que je puisse faire à cela. La souffrance est quant à elle, et pour moi, cette sensation de douleur plus ce qui s'y rajoute : beaucoup de stress, un repli sur soi, des difficultés relationnelles, une estime de soi en berne, un manque d'empathie.
-
Un nouveau rapport à la douleur amené par
- le passage d'un état passif : j'attends que l'antalgique règle mon problème de douleur à
- un état actif : je participe à mon mieux-être
Depuis 2016, je n'utilise plus de morphiniques ou autres opiacées, d'anti-dépresseurs et anxiolytiques. Mais je continue à prendre quotidiennement une forte dose de Lyrica, un antalgique neuropathique et du cannabis à visée antalgique également.
-
Une forme d'acceptation : Le fait de moins combattre la douleur, de ne pas vouloir qu'elle soit là. Combattre est vain, la douleur est et sera.
-
De l'espace pour accueillir ce qui est là : Pour moi, la douleur n'a pas diminué mais de l'espace s'est créé autour.
Je constate moins d'identifications à un ressenti, une émotion ou une pensée. Ou je ne suis pas durablement ma douleur ou ma colère.
Pour la douleur physique et la notion d'espace, le scan corporel m'est d'un grand secours me permettant d'aller ou non vers les zones douloureuses et de rencontrer les nombreuses zones non douloureuses. -
De la liberté : Une certaine distance par rapport à ce que je vis ou dit autrement une augmentation du nombre de fois où j'ai le choix, où je ne fonctionne pas en mode automatique en restant dans des pensées ou des émotions mauvaises conseillères ou en répétant des actions qui ont échoué par le passé. En permettant d'apercevoir les mécanismes qui nous conditionnent, la pratique de la méditation devient un acte politique de nature à changer les choses.
-
Plus d'honnêteté ou moins de décalage entre la représentation que j'ai de moi-même et qui je suis. Par la découverte progressive de mes tendances habituelles. Par le fait de tenter de pratiquer une observation silencieuse et sans jugement.
-
Plus de douceur dans la relation à l'autre et à moi-même : La possibilité plus fréquente de pouvoir changer de zoom et d'angle de caméra pour observer ce qui est là, de pouvoir essayer de l'observer du point de vue de l'autre ou des autres amène cette douceur ressentie.
-
Un chemin vers un mieux-être, le JE : En 2002, j'ai lu cette phrase d'Albert Jacquard qui m'a, pour le moins, interpellé "Je peux dire JE parce que tu m'as dit TU". Aujourd'hui, je perçois ce JE comme une des façons de raconter ce qui se vit, une perspective ou un angle de vue tant je ressens son artificielle construction culturelle. A ce propos, j'ai lu récemment cette anecdote racontée par Mobutu "Si vous demandez à un homme africain comment il va, il ne vous répondra pas je vais bien ou pas bien mais nous allons bien ou pas bien". Le sage Thich Nhat Hanh nous dit que l'utilisation du verbe être est impropre et que l'on devrait utiliser le verbe inter-être tant il est vrai que tous les phénomènes sont interdépendants. Ce JE a donc tendance à se dissoudre doucement dans une conscience plus grande. J'ai éprouvé un sentiment comparable dans la pratique de la musique en groupe, où le JE a tendance à se dissoudre dans la chanson, le groupe, les spectateurs.
L'épisode de la résection
-
Au printemps dernier, alors que je suis hospitalisé à Bergonié pour la 3ème visite du lymphome et pour une résection de l'intestion grêle, c'est réellement un orage de grêle que je ressens intérieurement : une forte inquiétude chez ma famille et mes amis, ma propre souffrance et un sentiment global d'incertitude
-
Avant l'intervention chirurgicale, alors que je médite dans la chambre, me vient cette pensée que vu que je suis dans de bonnes mains, dans un endroit où je ne suis pas tenté de composer pour montrer à mes proches que tout ne va pas si mal, je peux lâcher prise et laisser les soignantes et soignants s'occuper de moi. Je formule alors simplement cette intention qui sera mon guide tout au long de cette hospitalisation : être à l'écoute, disponible et accueillant avec toutes les personnes que je serais amené à rencontrer. Le dernier jour d'hospitalisation se trouve être le jour de mes 62 ans et, alors que je déguste ma purée, 8 soignantes et ASH entrent dans la chambre en me chantant joyeux anniversaire avec un gâteau. Je pleure et les remercie de ce qu'elles et ils font pour nous accompagner, nous les patients, pendant ces épreuves. Et je pleure à nouveau quand l'une d'elles me dit que mon attitude pendant ces quelques jours passés ensemble les aide dans le dur boulot qu'elles font chaque jour.
-
Il s'agit là pour moi d'une découverte importante, un cercle vertueux, un comportement sans attente de nature à changer les choses par capillarité.
-
Résumé pour moi-même : Je ne peux pas choisir les circonstances mais je peux choisir la façon d'être dans ces circonstances. Il s'agit d'une liberté inaliénable.
-
Une sensation persistante m'habite que chaque épreuve de vie, ce que sont pour moi ces multiples incidents de santé ces 20 dernières années, est un ensemble de sensations désagréables, plus ou moins fortes, mais également une opportunité de découvrir autre chose sur ce qu'est ce JE, quelque chose de plus subtil permettant qui se dissoud dans le NOUS.
Alors c'est magique ?
-
La nécessité d'une pratique régulière : Avec l'antalgique, j'avale et j'attends un soulagement. La méditation nécessite un engagement sans attente et une pratique régulière, c'est un entrainement de l'esprit. Je trouve cet aspect comparable à ce que j'ai connu dans le sport, le tennis de table pour moi, où il est nécessaire de répéter de multiples fois les mêmes gestes avant d'arriver à toucher la petite balle un peu finement. Même chose avec la musique, pour moi la guitare et le chant, où la répétition des mêmes gestes est nécessaire avant que ça sonne correctement.
-
Le besoin d'être guidé, accompagné : une observation intérieure honnête m'a permis d'apercevoir des choses dérangeantes et d'arriver parfois à des situations de blocage. Si les principes de base de la méditation de pleine conscience semblent simples au départ "diriger son attention délibérément, au moment voulu et sans jugement de valeur", on peut facilement se perdre et votre aide, Marion, Stéphane et les autres instructeurs que j'ai rencontré est alors très précieuse.
Le chemin de pratique de 2015 à aujourd'hui
-
2012-2013 : Rencontre avec Marion
-
2015 : MBSR à Bordeaux
-
Août 2018 : 1ère retraite silencieuse à St-Vincent-la-Châtre avec François Granger (Calme mental et Vision profonde)
-
1er trimestre 2019 : programme sur la bienveillance et la compassion en 5 semaines (Stéphane Faure)
-
Octobre 2019 : 2ème retraite silencieuse au Moulin de Chaves à Cubjac avec Stéphane Faure (Méditer avec les sens)
-
Depuis novembre 2019 : méditation hebdomadaire en groupe à Bordeaux
Tendances habiltuelles
-
Perfectionnisme -> dévalorisation, jugements négatifs
-
Recherche du plaisir et évitement de la douleur : conduites addictives, évitement des conflits
-
Besoin de plaire, d'être aimé